jeu.
27
janv.
2011
Le mouvement Symboliste (Symbolisme)
Arnold Boecklin, Island of the Dead, Third Version, 1883
Le symbolisme s'exprime entre 1886 et 1900 dans tous les domaines de la création : la littérature (poésie, philosophie, théâtre) en premier lieu, la musique et les arts plastiques. Né en France, il s'impose en Europe jusqu'à la Russie et sur tout le continent américain.
Les peintres symbolistes s'inspirent des romans et de la poésie contemporaine et du passé (Dante). La mythologie antique, germanique, celtique et scandinave, les légendes, les mythes, les contes de fées et la Bible alimentent leurs rêves. Les symbolistes magnifient avec une sensibilité à fleur de peau tout ce qui se cache derrière les apparences : l'antagonisme du vice et de la vertu, le sadisme et la luxure, la névrose, la projection du rêve, le fantastique, l'imaginaire, l'étrange, la magie, l'ésotérisme, l'au-delà, le mysticisme, la solitude et la mort.
La peinture symboliste, influencée par le langage poétique et visionnaire des romantiques et par le charme nostalgique préraphaélite donne forme, dans la création, au monde intérieur subjectif et psychique. En rejetant l'inspiration de la nature, les symbolistes s'adressent à l'esprit, à l'imagination et non au regard (Réalisme, Impressionnisme, Naturalisme). Le critique Georges-Albert Aurier définit le symbolisme dans un article sur Paul Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891 : "L'oeuvre d'art devra être : premiérement idéiste, puisque son idéal unique sera l'expression de l'idée; deuxièmement symboliste, puisqu'elle exprimera cette idée en formes; troisièmement synthétique, puisqu'elle écrira ses formes, ses signes selon un mode de compréhension général; quatrièmement subjective, puisque l'objet n'y sera jamais considéré en tant qu'objet, mais en tant que signe perçu par le sujet; cinquièmement l'oeuvre d'art devra être (c'est une conséquence) décorative".
Le symbole suggère une idée profonde et personnelle par analogie et plonge le spectateur dans l'inconnu. La femme fascine les peintres. Pure, hiératique, vertueuse et idéalisée pour certains, beauté fatale qui entraîne l'homme à la mort pour d'autres, souvent incarnées dans les personnages légendaires de Salomé, d'Hélène et du Sphinx. Les fleurs symbolisent le bien et le mal, les animaux se métamorphosent et le paysage conduit le spectateur dans des contrées surnaturelles. Les peintres recherchent l'harmonie esthétique qui convienne à leur symbolique. Beaucoup d'entre eux allient la précision du dessin à l'effacement du coup de pinceau. La peinture s'enrichit aussi d'expériences variées : le hasard des taches colorées, le flou, les formes vacillantes, la sensualité des tons et de la matière picturale.
Les poètes et les peintres, dans une communion d'idées, s'évadent dans le rêve et la mélancolie, rejettent le positivisme, la technique (la photographie) et le matérialisme. Les symbolistes vivent en marge de la société qu'ils jugent en déclin, s'adonnent au spiritisme, explorent leur imagination sous l'effet de l'alcool et des drogues. Ils cultivent le paraître (dandysme) et la provocation : à partir de la guerre franco-prussienne et de la Commune en 1870 et 1871, des groupes éphéméres (zutistes, 1871; hydropathes, 1878) prônent la dérision et constituent le décadentisme. Enfin, les Arts incohérents associent journalistes, comédiens et dessinateurs pour parodier le Salon et amuser le public dans les expositions qu'ils organisent entre 1882 et 1893.
Source : Les Mouvements dans la peinture.

